Carnet de route

Séjour Ski Rando/alpinisme au Simplon

Le 21/03/2020 par Simon Caldi

Evian, 6h du matin, les yeux piquent mais les cœurs sont déjà vaillants ! On charge les coffres, on boucle les ceintures et on file au Simplon. Le col du même nom, situé sur les hauteurs de Brig côté sud, a profité du meilleur enneigement cumulé des Alpes : ça promet. Arrivée sur place à 9h.

Jour 1 : Magehorn (2622 m)

Départ depuis un parking de bord de route proche du lieu-dit Nideralp (1826 m). Le ciel est bleu, le soleil brille, le vent souffle fort. Il ne fait pas bien chaud, mais le sommet est atteint. Les accumulations de neige localement importantes liées aux dernières chutes et le risque de plaque à vent nous pousse à être vigilent. Le risque est fort (3/5). Après une première descente sans encombre et une remontée dans un vallon adjacent, la pente devient trop raide pour progresser en sécurité. A l’abri derrière des rochers, dépeautage. Au départ du premier skieur, c’est la plaque : 30 m x 30 m, sur une épaisseur de 0.2 à 0.4 m. Malgré un équilibre et un comportement exemplaires dans la coulée, les pelles sont nécessaires pour dégager le torse et les jambes. De quoi nous rappeler à tous, en début de raid, que la montagne reste sauvage, et la prudence de mise. Une bière puis un bon repas chaud viennent clore cette journée déjà mémorable.

 

Jour 2 : Breithorn (3447 m), retour via Homattupass

Départ 8h depuis l’hospice du Simplon (2004 m) : du lit au départ de la course il n’y a vraiment qu’un pas ! Nous ne sommes pas seuls, la course est prisée, les conditions sont idéales. Très esthétique, la course dépasse d’abord le contrefort nord du Hübschhorn avant d’attaquer fort dans une longue pente de neige jusqu’au col du Breithhorn. A la montée comme à la descente, la vue sur les contreforts du Fletschhorn au sud est à couper le souffle. Au col, on aperçoit des groupes au loin, plus à l’est, tenter le Monte Leone. La montée finale jusqu’au Breithorn se fait skis au pied, sans vent et sans encombre. Accolades au sommet et pique-nique à 3437 m, les cafistes ne se refusent rien. Pour la descente, le vallon sud depuis le col Homattupass est l’objectif. La neige, glacée au sommet et légèrement transformée à 3000 m, est désormais plus lourde sous 2800 m. Les pentes raides sous Homattupass se skient un par un. Au cours de la descente, la fatigue guette et la neige s’alourdie. Gare aux blessures. Ce sont sept genoux valides et un esquinté qui reviennent à l’hospice pour la bière quotidienne, le repas chaud et le génépi. Réconfortant, le génépi

 

Jour 3 : Wenghorn (2590 m)

Départ 8h depuis les hauteurs du village du Simplon (1508 m). Le ciel est couvert, le soleil ne perce pas, le vent souffle très fort. Pas de quoi démotiver le trio qui s’élance. Après une montée en forêt, une traversée sud-est est nécessaire pour atteindre les premières pentes du Wenghorn, que l’on remonte plein sud jusqu’au pied de parois rocheuses qu’il faut longer en direction de l’ouest. Cette partie est exposée, les photos attendront. Bientôt le petit lac Blaus Seewji est en vue, et derrière lui le Wenghorn. Les plus grosses difficultés sont dernière nous, le ciel se dégage légèrement, le sommet nous tend les bras. Les cinquante derniers mètres sont gravis à pied, dans une belle ambiance alpine. Personne ne s’attarde au sommet : le vent a redoublé d’intensité. L’objectif est atteint, la descente est un plaisir, et les bières rapidement commandées au troquet local. Passage obligé par la fromagerie avant de partir. La montagne ça creuse. Re-bière, repas chaud, génépi, dodo. Dolce vita version Simplon.

 

Jour 4 : Schilthorn (2760 m)

Départ 8h depuis le lieu-dit Egga (1600 m), petit regroupement de granges et logis aux toitures en lauze. Temps pas meilleur qu’hier. L’itinéraire emprunte une route d’été vers le sud-ouest que l’on a bien du mal à reconnaître sous l’épaisseur de neige accumulée. Les chalets de l’alpage de Rossbodustafel sont bientôt atteints. L’ascension se poursuit au nord-ouest dans un grand vallon barré sur son flanc ouest de hauts escarpements rocheux qu’il faut longer un moment, nous protégeant quelque peu du vent constant. Vers 2400 m, les pentes deviennent plus raides, la visibilité se réduit fortement. L’on devine 300 m plus haut le col du Shilthorn, balayé par le vent. A 2540 m, les conditions sont trop dégradées pour espérer atteinte le sommet en sécurité. Dépeautage à l’abri d’un affleurement rocheux, et descente un par un. Bière, repas chaud… vous connaissez la suite.

 

Jour 5 : Bivacco Piero de Zen (3014 m)

Ce matin, du renfort vient grossir les rangs de notre groupe de cafistes, toujours motivé. Nous sommes désormais six à nous lancer à l’assaut du Bivacco Piero de Zen, depuis Egga. L’itinéraire laisse cette fois les chalets de Rossbodustafel sur notre droite et se poursuit le long d’une imposante moraine glaciaire plein ouest. La montée finale sur les neiges éternelles du Griessernugletscher est délicate : vent en rafales impressionnantes, neige gelée, pente soutenue. Les couteaux sont indispensables à l’ascension. Le bivouac est atteint, et avec lui son confort spartiate mais bienvenu. Le bivouac est une petite cabine en tôle de 5 x 2 m, composée de 9 couchettes : ambiance collé-serré. Nous mangeons à l’abri du vent pendant que deux skis, trop impatients de gouter la pente, décident de dévaler une cinquantaine de mètres en solitaire. Ils seront retrouvés à la descente. Celle-ci n’est pas de tout repos, et l’équilibre de chacun est mis à rude épreuve. La neige, dure et glacée sous les skis, ne pardonne rien. Pour l’un d’entre nous, c’est la chute : 200 m dévalés à toute vitesse, et une belle frayeur à la clé. L’on reprend ses esprits et l’on finit la course, sur une neige devenue plaisante à skier sur les derniers 700 m. Il a fait chaud sous 2600 m, et une énorme coulée, partie des affleurements rocheux en amont, recouvre nos traces de montée. D’où l’importance de partir tôt quand les conditions se réchauffent

 

Jour 6 : Mäderhorn (2852 m)

Départ 8h depuis l’hospice du Simplon. Le vent s’est calmé, le soleil est de retour, le temps s’est réchauffé. La course emprunte le même départ que l’ascension du Breithorn, mais poursuit son chemin par une traversée nord-est des alpages de la Chalti Wasser. Le Mäderhorn est rapidement en vue, mais il nous faut encore contourner son flanc sud avant d’atteindre son col plus à l’est. La montée finale ne pose pas de difficulté technique particulière, mais le vent est soutenu. Le sommet est atteint skis aux pieds. L’objectif de descente est le vallon de la Mädertälli. Une traversée d’arête avec crampons, courte mais rendue exposée par le vent,  est nécessaire. Dépeautage dans un petit col intermédiaire, et descente à l’abri du vent, dans une neige extra. Le retour se fait par les pistes d’une petite station locale bien sympathique. Le retour à l’hospice se fait en principe par car postal. Heureusement, le ski, ça rapproche, et deux collègues locaux rencontrés plus haut acceptent bien gentiment de nous ramener à bon port, merci à eux !

 

Jour 7 : Breithorn aller-retour

Départ 8h depuis l’hospice du Simplon. Météo ensoleillée, pas de vent au départ, il fait chaud. Le col (3333 m) du Breithorn  est atteint par le même itinéraire qu’au jour 2. Au col, le vent souffle à une allure terrible, et la progression vers le sommet, tentée, devient périlleuse. Dans ces conditions, la décision est prise de faire demi-tour. La descente se fait par l’itinéraire de montée. La neige est d’abord excellente. En l’absence de vent, il fait chaud, et notre groupe déjeune à 2800 m d’altitude, face à la vallée de Brig et au massif, majestueux, du lac de Thun, 40 km plus au nord du col du Simplon. En début d’après-midi, la neige s’est fortement ramollie sous 2300 m. Gare aux blessures. Celle-ci intervient pour l’un d’entre nous à 300 m de l’hospice, heureusement suffisamment proche pour finir la descente sur un ski, courageusement. Le soir même, après un repas chaud bien mérité, l’on boucle les valises et retour à Evian

 

Le logis : hospice du Simplon

Constitué de trois niveaux, l’hospice est équipé de nombreux dortoirs de huit personnes, et de chambres doubles. L’accès routier est assuré. La demi-pension comprend le petit-déjeuner avec pain, confiture, beure, thé et café pour le thermos. Les repas de soir changent chaque jour, et sont suffisamment copieux. Le bar de l’hospice, petit, n’en est pas moins bien pourvu, avec notamment une bière belgo-suisse (oui oui !) pas désagréable. L’ambiance est conviviale.

Le groupe de cafistes : Martine Briere, Jean-François Forand (encadrant), Barthélémy Hatt, Andy Devriese, Michel Gerbier, Alain Prevot, Pierre Giumelli, Simon Caldi.

Merci à Jean-François pour ton encadrement, ton expérience de la montagne, tes conseils et enseignements avisés ! Merci à tous pour la super entente, la bonne humeur partagée et les moments passés ensemble sur les pentes du Simplon !

Raid du 07.03.2020 au 13.03.2020







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